QUELLE EST LA VALEUR D’UNE ENTREPRISE ?

 

Les comptables ont inventé une infinité de méthodes pour déterminer la valeur d’une entreprise : elles donnent des résultats qui peuvent varier de un à dix. Aucune n’est donc totalement crédible. La seule valeur certaine d’une entreprise n’est connue qu’après coup : c’est le prix qu’a accepté de payer un acheteur !

Une telle définition ne fait pas avancer le problème !

Si on se demande pourquoi un acheteur prend la décision d’acheter une entreprise. La seule réponse qui semble évidente est : pour gagner de l’argent !

Dans un certain nombre de cas ce moyen de gagner de l’argent est indirect : éliminer un concurrent, absorber un client qui vous doit beaucoup d’argent, acheter un fournisseur …la valeur est bien le prix qu’accepte de payer l’acheteur !

Dans le cas, plus courant, où gagner de l’argent signifie être plus rentable qu’un investissement sans risque tel qu’un livret d’épargne ou une assurance vie, on peut se demander quel est le niveau de rentabilité attendu qui conduira à la décision d’acheter.

La valeur d’une entreprise est donc directement liée à sa rentabilité. La question revient à se demander quelle est la rentabilité que doit atteindre une entreprise pour prendre la décision de l’acheter.

Si cette rentabilité était connue la valeur de l’entreprise serait la valeur actuelle des bénéfices futurs, c'est-à-dire le cumul des bénéfices de chaque année divisé par le taux de rentabilité attendu à la puissance N. Par exemple pour un taux de dix pour cent, cent euros gagnés l’an prochain ne valent que 100/1.1 euros aujourd’hui et gagnés dans deux ans que 100/1.1², etc.

Malheureusement non seulement le taux de rentabilité attendu n’a rien d’objectif mais en plus les bénéfices futurs sont par définition inconnus !

Cette approche intellectuellement satisfaisante n’aboutit à rien de concret.

On est donc amené à trouver une solution plus pragmatique.

Comme la majorité des achats d’entreprise se fait à l’aide d’un emprunt bancaire on peut se demander quel est le prix que va accepter le banquier. Comme son critère fondamental est la probabilité du remboursement du prêt qu’il a consenti, le prix qu’il accepte garantit certainement un niveau de rentabilité qu’il estime satisfaisant !

On constate qu’en général un banquier accepte de financer un projet à condition que le prix soit inférieur à cinq fois le résultat courant avant impôts (évidemment retraité et moyenné sur plusieurs exercices) diminué des dettes financières. Evidemment ce coefficient pourra varier quelque peu en fonction de la capacité présumée du repreneur, de l’état du marché dans le secteur d’activité de la société, de la part de marché acquise par la société etc. mais il dépassera rarement cette valeur de cinq.

Pour une petite entreprise les retraitements les plus courants concernent le salaire des dirigeants et les avantages qu’ils s’accordent, qui doivent être adaptés à la taille de l’entreprise.

Par ailleurs les chambres de commerce tiennent une statistique de durée de vie des entreprises récemment rachetées en fonction du multiplicateur utilisé. Ils constatent que s’il est inférieur à cinq la majorité des entreprises survivent dix ans après le rachat.

On peut en conclure qu’il est bien peu utile de payer fort cher un expert pour déterminer le prix d’une entreprise puisque le prix sera fixé par le banquier qui acceptera ou non de financer l’opération.

Il faut par ailleurs noter que les conseils en acquisition et cession d’entreprises ont tous constaté que l’expert comptable consulté par le dirigeant d’entreprise sur la valeur de sa propre affaire estime celle-ci à deux à cinq fois ce qu’elle vaut réellement. Pourquoi ? La réponse n’est pas claire : pour lui faire plaisir, pour ne pas perdre un client…En tous cas cela complique singulièrement la vie du conseil qui doit ramener le vendeur à la raison !

Pierre Chameroy
Gérant
FOC Rapprochement d’Entreprises